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Témoignage de Jeaninne.

 

« Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité » Antoine de saint Exupéry.


« C’est justement la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante » Paulo Coelho.



Sous une pluie d’orage, je suis arrivée à l’aéroport de Kinshasa par un matin de début décembre, où Père Hugo est venu m’accueillir chaleureusement. Puis nous avons pris la route en direction de Kimbondo, une trentaine de kilomètres. Un parcours qui me plonge dans un autre monde, la chaleur moite de la ville, les coups de klaxon, la pollution et beaucoup de circulation, des gens qui s’affairent à pied, en voiture, en moto, des bus combles et des routes qui ne sont plus des routes, des cabanes misérables …. Le choc des cultures, même si je me suis bien documentée, la réalité est là, frappante, saisissante, poignante … une réalité qui m’invite au silence, au respect, à l’empathie …

Nous arrivons enfin à la Pédiatrie Kimbondo, un peu en dehors de la ville, un endroit calme et verdoyant, avec beaucoup d’arbres, de bambous, sur la pente d’une colline, avec une vue superbe sur la vallée. Un havre de paix, comparé à la ville. Là, un accueil chaleureux et attentionné m’attend, une petite chambre avec vue sur la vallée, le chant des oiseaux en permanence, une vie simple, des gens simples … je m’y sens bien …

Agnese, une volontaire italienne, d’une grande gentillesse, me fait découvrir le lieu, m’oriente vers les différentes maisons, m’explique le fonctionnement … et Sarah, espagnole, sera un peu ma tutrice les deux premiers jours. Je suis la seule française, mais j’ai beaucoup de chance, elles parlent toutes les deux le français et sont un grand secours pour me donner quelques repères dans ce dépaysement complet

Le jour de mon arrivée, c’est jour de fête des handicapés, et le soir, je vais aider à la néo chez les petits avec Sarah, je suis tout de suite mise dans l’ambiance. Les enfants s’agrippent à moi, prennent ma main, il y a des pleurs, des cris, mais aussi beaucoup de sourires, des sourires ravissants, je ne sais pas où donner de la tête, lequel a le plus besoin …. Je laisse faire, en prend un dans les bras… c’est un premier partage de tendresse ….

Le lendemain, Père Hugo me demande d’aller à la Casa Patrick avec les handicapés de 6 à 20 ans, ils sont environ 90. C’est moins bruyant, mais saurai-je faire ?

J’aide aux toilettes, aux repas et dans la journée, je m’occupe essentiellement de ceux qui sont en fauteuils roulants et quelques autres petits… même si c’est ouvert à tous … d’ailleurs, certains des plus grands aiment venir passer un peu de temps sur les tapis ou les nattes …

Dans leur grande précarité, ils sont pieds nus, leurs vêtements sont souvent bien usagés, attachés avec des « ceintures » improvisées pour leur redonner un peu de décence, les jouets se font rares, mais ils savent s’occuper avec des petits riens, un bout de bois, une feuille morte, un fil qui traîne …, tout ce qu’ils trouvent est un trésor pour jouer et ils s’en contentent.


Quel contraste avec nos enfants européens qui sont surprotégés et gavés de jouets et de futilités mais qui ne sont jamais satisfaits !

Au départ, j’appréhendais un peu, mais très vite, ces enfants ont su m’apprivoiser et me montrer leur vrai visage, celui de l’enfant candide, malicieux, espiègle, qui demande juste une présence avec un peu d’attention, un brin d’affection, un quignon de tendresse, et en retour leurs rires et leur joie m’ont éclaboussée, inondée de bonheur, comment ne pas s’attacher à ces « petits anges », ils sont si touchants, vrais, authentiques et pleins d’amour …

Certes, ils portent un handicap physique et/ou mental, mais ils ne sont pas des handicapés de l’amour, leur cœur est grand ouvert à tous ceux qui osent les regarder avec le coeur Ils savent faire preuve de courage et de ténacité pour des petits progrès, dès qu’on les encourage un peu, ils y mettent toute leur force et leur patience, et surtout beaucoup d’ingéniosité et de joie, quelle leçon !!!

Ils ont été mes enseignants tout au long de ce séjour, ils m’ont appris que le savoir faire n’est pas indispensable mais que le savoir être est essentiel.

Quelle belle expérience, riche de sens, nourrissante, grandissante, les mots ne pourront jamais exprimer mon ressenti …, c’est comme goûter une pomme, on ne peut pas en connaître la saveur à moins de la croquer !

Mon séjour a duré presque six semaines, j’ai croqué cette expérience à pleines dents. Ça n’a pas été toujours facile, à la Casa, j’étais seule volontaire, ils parlaient essentiellement le lingala et pour la cartésienne structurée que je suis, la différence de culture me déroutait quelquefois, mais la joie des enfants me redonnait toujours du baume au cœur.

Il y a eu aussi des moments inoubliables comme avec Jovanie, en soins intensifs, qui a partagé avec moi des moments de tendresse privilégiés pendant quelques jours avant que Dieu ne le rappelle juste avant Noël, il était si petit et si fragile !

La présence et l’écoute attentionnée de Père Hugo étaient aussi un grand réconfort dans les moments de découragement. C’est un homme d’un grand charisme, d’une simplicité, d’une humilité et d’une générosité de cœur inégalables, qui sait trouver les mots justes et percutants en réponse à nos interrogations, il sait prodiguer les valeurs essentielles à la Vie.

Quelques uns de ses grands enfants ont été aussi un grand soutien par leurs partages et leurs attentions, de plus, ils m’ont beaucoup appris sur la culture congolaise …

Après un séjour aussi intense, les adieux ont été pleins d’émotions, surtout avec certains « petits » qui ne me lâchaient pas, ils avaient compris et leurs bras tendus me déchiraient le cœur. D’autres volontaires viendront et je souhaite de tout cœur que ces enfants pourront continuer à s’exprimer et les arroser de leurs prouesses et de leur joie …

Voilà presque deux mois que je suis rentrée et, si le quotidien a repris ses droits, c’est avec ces enfants qui ne me quittent plus, leur souvenir est toujours bien vivant dans mon cœur et leurs rires m’accompagnent dans tous les instants, comment pourrais-je oublier ceux qui m’ont donné tant de joie et d’amour et qui m’ont offert ce merveilleux Noël !

Mon vœu le plus cher est de pouvoir y retourner, alors je laisse la Providence semer les jalons qui me conduiront vers une prochaine mission ….

 

Témoignage de Nathalie De Groote.

En ce dimanche d’avril, il faisait comme souvent dans cette capitale un temps lourd et moite et nous avions décidé de partir en ballade à l’extérieur de la ville trépidante de Kinshasa.  Les amis qui m’accompagnaient voulaient me faire visiter un orphelinat qu’ils connaissaient dans les environs.

Nous sommes donc arrivés cet après-midi là dans un endroit merveilleux, loin du bruit et de la pollution, véritable havre de verdure d’où se dégageait une agréable sensation de fraîcheur : la Pédiatrie de Kimbondo.

Il y régnait un calme presque interpellant… nous étions à l’heure de la sieste et tous les enfants se reposaient ou s’occupaient à une tâche ou l’autre.

Malgré tout, quelques enfants ont couru vers nous, ils nous ont pris la main, nous accompagnant dans notre visite et nous racontant un tas d’histoires.  Ils étaient incroyables, trop heureux de recevoir de la visite.  Un peu en retrait, un petit garçon d’une dizaine d’année nous regardait tristement.  Je suis allée vers lui et timidement, Moise m’a pris la main, nous avons parlé et il m’a alors appris qu’il était séropositif et que ses parents étaient tous les deux décédés de ce fléau.  Malgré son malheur et sa maladie, aujourd’hui, grâce à Padre Hugo et aux soins qu’il reçoit chaque jour, Moïse se porte bien, il va chaque jour à l’école et pourra encore longtemps faire profiter son entourage de sa gentillesse…


Nous avons commencé la visite par la rencontre de « Maman Coco » (le Docteur Laura Perna), impressionnant petit bout de femme, qui a décidé lors de sa retraite de partir vivre à Kinshasa pour aider les enfants.  Padre Hugo, lui aussi médecin pédiatre, et dévoué corps et âme à ses enfants, est alors venu nous rejoindre pour nous faire faire le tour de la fondation.

Première étape de la ballade, le centre néo-natal : comme je l’ai dit, la majorité des petits dormaient à cette heure là, mais déjà à quelques mètres, j’entendais les pleurs de certains… il régnait dans cet endroit une ambiance lourde, entre les pleurs, les odeurs, la chaleur écrasante et, à voir tous ces petits dans leurs lits à barreaux, parfois à deux dans un lit, souvent baignant dans leurs pipis, pleurant pour que quelqu’un s’occupe d’eux, … je n’ai pu refouler les larmes qui coulaient sur mon visage.  C’est alors qu’un d’entre eux m’a regardé, intrigué par la « mundele[1] » qui avait le regard si triste et m’a offert un de ces merveilleux sourires.  Je l’ai pris dans mes bras, il s’est blotti tout contre moi, accrochant ses petits doigts dans ma peau et nous sommes restés là tous les deux à savourer ce moment de tendresse.  J’ai appris par après que le petit Léon, 6 mois, avait été déposé devant l’orphelinat deux jours plus tôt.

Dès cet instant, j’ai su qu’une partie de moi resterait à jamais dans cet endroit.

La poursuite de la ballade et la rencontre de mes amis handicapés physiques ou mentaux m’a confortée dans l’idée qu’il y avait dans ce centre plus de bonheur à vivre que partout ailleurs.

Après avoir rendu visite au centre des tuberculeux et à la section des malades du cœur où une petite fille venait de décéder parce que les autorités de son propre pays ont trop tardés à lui délivrer les papiers accordant son visa pour l’Italie où elle devait se faire opérer en urgence, il était déjà grand temps de quitter la pédiatrie pour rejoindre Kinshasa.

Le cœur gros, je me suis détachée de tous ces enfants accrochés dans mes jambes, cramponnés à mes mains et je suis partie en leur faisant la promesse de revenir…

Le WE suivant et tous les WE qui ont suivi ce jour, je suis retournée à la Pédiatrie, j’ai appris à connaître toutes ces petites têtes et je suis devenue la maman de cœur de tous ces petits anges.  J’ai vu chaque semaine des enfants arriver - parfois au lendemain de leur naissance, abandonnés ou ayant perdu leur maman en couche – j’ai vu des enfants partir telle la colombe pour le paradis blanc, j’ai pleuré, j’ai ri, jamais un tel flot d’émotions ne m’avait submergée.  Le sourire de ces petits êtres, leur joie de vivre alors qu’ils n’ont rien, la tendresse et l’affection que nous avons partagé, rien dans nos pays civilisés ne peut apporter tant de joie que ces moments si intenses que j’ai pu vivre là-bas.

Et puis un jour, ma mission à Kinshasa a pris fin et il a fallu se dire au revoir.  Quelle déchirure de quitter tous ces petits êtres, de les abandonner une fois encore après avoir partagé tant de bonheur et de tendresse.  Je n’ai pu les quitter sans leur faire une promesse : celle de revenir !

Et depuis ce jour, je vis pour eux, pas un jour ne se passe sans que mes pensées n’aillent vers eux.  Depuis mon départ, je suis retournée les voir emmenant avec moi mon tendre compagnon.

Ce fût une expérience merveilleuse, remplie d’un amour infini et chaque fois la déchirure est plus forte mais nous restons forts car nous savons tous que nous nous retrouverons…

Alors aujourd’hui, à défaut de pouvoir être chaque jour près de « mes petits », j’ai décidé de créer ce site, pour partager avec vous ce Bonheur et pour vous inviter à le vivre avec nous d’une façon ou d’une autre…  Je vous offre par ce site la chance énorme de faire quelque chose de merveilleux dans votre existence en apportant par un geste, un petit mot, un dessin, un colis, …un petit bout de bonheur à tous ces petits anges.

Le bonheur est contagieux, n’hésitez pas à partager ce lien avec tous vos amis.

 


[1] Traduire « la blanche ».